Lila Borsali: « La musique andalouse a été accaparée par les hommes »


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Dernière modification: 19.12.2016

Sa voix est douce et mélodieuse, dégage de la passion quand elle parle de son amour pour la musique mais ça ne l’empêche pas de tenir un discours critique sur la société qui l’entoure. Lila Borsali s’est lancée dans le monde de la musique Andalou à l’âge de onze ans à Tlemcen, sa ville d’origine. En 1994, elle quitte l’Algérie pour s’installer en France.

Lila Borsali, artiste et entrepreneure. © Tinhinen magazine
Lila Borsali, artiste et entrepreneure.
© Tinhinen magazine

Et c’est là que la musique devient une thérapie pour affronter ce sentiment de dépaysement qui la poursuivra jusqu’à son retour en 2009.

 

Elle concilie pendant un temps sa carrière d’architecture d’intérieur et design avec la musique. Mais à son arrivée à Alger elle décide de se consacrer entièrement à la musique. Alors cette fois-ci, elle adhère à l’association Les Beaux Arts, sous la direction de Abdelhadi Boukoura, avec laquelle elle enregistre son premier album qui sera suivi de trois autres. Elle se spécialise dans la musique andalouse, notamment dans la nouba, et devient une des plus grandes références de la musique algérienne.

 

Lila Borsali ne s’est pas uniquement contentée d´une brillante carrière musicale. Elle a également crée avec sa manager et co-associée Loutart Service, une société de promotion de spectacles, afin de partager avec d’autres artistes son expérience et sa réussite.

 

Tinhinen magazine: Comment, selon vous, faire de sa passion un métier?

 

Lila Borsali: Quand j’étais en France, la musique a joué ce rôle d’attachement culturel. C’est-à-dire exister dans une société qui n’était pas la mienne, avec mes valeurs à moi, à travers de la musique. Quand je suis arrivée en Algérie en 2009, j’en ai fait mon métier, et ça a été un défi. Surtout le fait de convaincre mes proches que la musique peut me rapporter assez pour vivre. Finalement, c’est important aussi de se dire qu’on ne travaille pas que pour se faire plaisir, mais pour vivre.

 

Vous êtes considérée l’ambassadrice de la musique andalouse algérienne. Comment portez-vous ce rôle ?

 

Je n’ai pas la prétention de me considérer ambassadrice. En fait, je ne me pose pas cette question. Je ne fais pas de la musique pour représenter quelque chose, je fais la musique d’abord pour moi, pour mon bien-être. Dans mon caractère, j’aime bien faire les choses jusqu’au bout. Je n’aime pas faire les choses à la moitié, que ce soit dans la musique ou pas.

 

Être une femme dans le milieu musical, c’est un plus ou un inconvénient ?

 

Ça peut être négatif comme ça peut être positif. Effectivement, dans le milieu artistique en général, en Algérie mais aussi dans tous les pays qui ont cette tradition conservatrice de la femme à la maison, ça a été difficile de s’imposer. Et surtout d’exister. La musique andalouse, même si à l’époque elle était chanté par des femmes, a été prise petit à petit en main par les hommes.

Pourquoi? Parce que elle se chantait dans les cafés et dans les mariages où les femmes ne pouvaient pas aller. Et surtout pas une femme mariée, car elle n’était pas bien considérée. Aujourd’hui ça a changé, parce que le lieu de la pratique a changé. Mais aussi avec l’apparition des associations et des scènes artistiques. Maintenant on ne va pas chez le gens pour chanter, c’est les gens qui viennent vers vous.

 

À quel moment avez vous décidé d’entreprendre?

 

Je n´avais pas la prétention d’entreprendre dans le milieu culturel. Au départ, j’avais juste une envie de faire de la musique. Puis au fur et à mesure, il fallait qu’on donne un souffle à tout ça, qu’on soit dans les normes. Avec ma manager, Leila, on a décidé d’ouvrir une société, Loutart Service. Un mélange entre l’arabe et le français, une preuve de notre volonté de toucher beaucoup de gens et pas que les algériens. On a voulu devenir promotrices de spectacles. D’abord pour promouvoir mes propres spectacles, et puis pour faire profiter à d’autres artistes, promouvoir leur travail et les aider dans leurs démarches . L’artiste algérien est souvent tout seul.

 

Quel sont les obstacles que vous avez rencontrés ?

 

En Algérie, il faut une licence pour être promotrice, et on a mis longtemps à l’avoir. On a été confrontées à la réalité des papiers et de l’administration. Les femmes algériennes ne sont pas beaucoup poussées à entreprendre. En tant que femmes, on avait envie de réussir et de prouver que nous aussi nous pouvons y arriver. Les femmes ont cette capacité à tenir bon. Et surtout la femme algérienne a cette faculté de ne pas s’impatienter. Il faut toujours croire en soi. On peut ne pas réussir une première fois, ni une deuxième fois, mais la troisième fois ça peut marcher. Il faut être persévérante.

Quelle est votre touche personnelle ?

 

On s’est spécialisées dans les musiques du monde. On voulait couvrir de l’exécution dans le quartier jusqu’à la réalisation de le spectacle, on voulait vraiment toucher à tout. Et aussi dans la production sur Internet. On s’est rendu compte que même si on fait de la musique traditionnelle, elle vit aussi avec son temps.

 

 

Quels sont les avantages à entreprendre ?

 

En tant que femme, même si je ne suis pas une femme au foyer, j’ai des enfants et des responsabilités. Il était plus pratique pour moi d’entreprendre et créer mon univers à moi par rapport à ma vie que de m’adapter à une autre entreprise et d’être tributaire des horaires d’une entreprise et d’avoir un chef. Le premier avantage, c’est la liberté de pouvoir faire ce qu’on veut, comme on veut, au rythme qu’on veut.

Deuxièmement, c’est l’évolution de la personne face aux difficultés. Car entreprendre, c’est aussi avoir des difficultés. Donc on fait fonctionner sa tête un peu plus, on réfléchi plus et la personne est plus émancipée, plus curieuse et à l’écoute de la société.

 

Retrouvez Lila Borsali en vidéo !

 

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